À Bangkok, des habitants de Koh Phangan dénoncent un laisser-faire provincial pendant que Sondhi Limthongkul porte le dossier devant l’ambassade d’Israël.
Sur Koh Phangan, une partie de la population locale ne parle plus seulement d’une pression foncière. Elle parle d’un possible laisser-faire administratif à l’échelle de la province de Surat Thani, alors que des capitaux étrangers, notamment portés par des ressortissants israéliens, se seraient installés via des sociétés nominées, des locations longues et des affaires ouvertes sans autorisation claire.
Le débat a repris de la vigueur après deux séquences distinctes ces derniers jours. D’un côté, la page Facebook « Save Koh Phangan – #ReclaimKohPhangan », qui documentait depuis des mois ces montages, a été massivement signalée puis retirée. De l’autre, un colloque tenu le 5 septembre 2026 à Bangkok par le Centre culturel et d’apprentissage islamique, à la Fondation pour le Centre islamique de Thaïlande, a remis sur la table ce que des entrepreneurs de l’île décrivent comme une emprise progressive sur les terres et le commerce local.
Lors de cette rencontre, le maître de conférences associé Arthit Thong-in a exposé, selon le site Mtoday, la logique d’une installation par grappes : achats ou baux de longue durée, création de communautés fermées, contrôle de ressources et d’activités presque tous azimuts. Des représentants d’entrepreneurs et d’habitants de Koh Phangan ont ensuite décrit un sentiment de refoulement : le tourisme et le foncier local, disent-ils, ne seraient plus seulement concurrencés, mais contourneraient la loi thaïlandaise par l’intermédiaire de prête-noms.
Une intervenante venue de Koh Phangan a dit son inquiétude devant une population nouvellement installée, qu’elle juge peu assimilable aux usages des locaux:
Vidéo : Video Youtube Mtoday
Le point le plus politique n’est pas seulement la présence étrangère. C’est l’inertie des autorités provinciales. Des plaignants affirment avoir multiplié les signalements pendant cinq à six mois : établissements sans permis, empiètements, concerts de grande ampleur organisés au mépris des règles. Selon leur récit, la réponse de policiers locaux les a sidérés :
« La province de Surat Thani a donné l’ordre de ne rien faire, ce qui a permis à des groupes étrangers d’agir comme s’ils bénéficiaient d’un bouclier administratif. »
Cette phrase, reprise dans les comptes rendus du colloque, circule désormais comme preuve, aux yeux de nombreux commentateurs, d’une possible protection politique ou financière. Même si rien, à ce stade, n’établit juridiquement une corruption nominative, le soupçon s’est installé : pourquoi une province touristique resterait-elle « au point mort » face à des faits présentés comme répétés et visibles ?
Chumphat Wannachatsiri, gouverneur de la province en poste depuis novembre 2025. / Photo : PR. Surat
Sur les publications Facebook à l’origine de la polémique, la température est brûlante. Beaucoup d’internautes ne s’arrêtent plus à l’île. Ils visent le gouverneur Chumphat Wannachatsiri, la police, le ministère de l’Intérieur, parfois les élus locaux. L’idée dominante est celle d’une administration « achetée » ou « muselée par l’argent ».
« Vérifiez vite le patrimoine du gouverneur. Si l’on reste trop près de ces affaires, on s’enrichit à coup sûr. » « La province a mis le levier au point mort… Il n’y a plus de mots. L’argent leur bouche la bouche, voilà pourquoi personne n’ose bouger. »
D’autres commentaires lient directement l’inaction locale à une crise de souveraineté. Pour eux, les habitants de Koh Phangan seraient relégués au second rang sur leur propre île, tandis que des réseaux nominés ouvriraient bars, écoles, villas et événements sans craindre de contrôle. Une partie des réactions en appelle à une enquête patrimoniale, à la révocation des fonctionnaires « en roue libre », voire à une intervention du sommet de l’État.
C’est d’ailleurs le tournant narratif le plus frappant. Plusieurs voix affirment que les démarches ordinaires, commissariat, province, services locaux, n’ont rien donné, et que seule une pétition au Roi a fait basculer le dossier. Selon ce récit, dès le dépôt de la requête royale, le pouvoir central se serait réveillé : inspections, fermeture d’écoles clandestines, coups de filet contre des réseaux d’affaires nominées.
« Les fonctionnaires et les politiciens sont déjà achetés. Il ne reste plus que l’institution royale. Si l’on doit en arriver à une pétition au Roi, le gouverneur devrait d’abord rendre des comptes. »
Cette lecture nourrit une colère à deux étages. Premier étage : la défiance envers les autorités provinciales de Surat Thani, accusées d’avoir regardé ailleurs pendant que des capitaux étrangers s’enracinaient. Second étage : la conviction que Bangkok n’agit que sous pression symbolique, pas par routine administrative. Dans les commentaires, on demande le limogeage du gouverneur, le contrôle des avoirs, le remplacement de policiers « mis au placard », et une ligne plus dure contre les nominés illégaux.
La disparition de la page « Save Koh Phangan » a encore durci le climat. Ses soutiens y voient une riposte des réseaux mis en cause, après des mois de publications sur les montages des prête-noms. Les réactions appellent à rouvrir plusieurs pages, à les partager massivement, à « reprendre le combat » plutôt qu’à laisser le sujet s’éteindre avec la fermeture du compte Facebook.
« Continuez le combat. Rouvrez plusieurs pages et frappez plus fort qu’avant. S’ils font taire une voix, il faudra en faire naître dix. »
Le dossier n’est pas seulement insulaire et touche toute la Thailande: Lundi 7 septembre 2026, l’activiste Sondhi Limthongkul, 79 ans, ancien chef de file du mouvement royaliste des chemises jaunes, a annoncé à Bangkok une campagne nationale baptisée « Take back our Thailand » (« Reprendre notre Thaïlande »). Il a indiqué qu’il conduirait des partisans, ce jeudi 10 septembre, jusqu’à l’ambassade d’Israël pour y déposer une lettre, que les diplomates acceptent ou non de la recevoir.
Sondhi Limthongkul
Selon Khaosod English, Sondhi Limthongkul dit vouloir contraindre le gouvernement à traiter ce qu’il présente comme une influence étrangère, des réseaux de capital gris et une menace pour la souveraineté thaïlandaise. Il a précisé que le mouvement n’avait pas, dans un premier temps, pour but de faire tomber l’exécutif, mais d’exiger davantage d’intégrité, de reddition de comptes et de protection des intérêts thaïlandais. D’autres rassemblements sont annoncés dans le pays. L’intéressé, qui assume les risques personnels, affirme vouloir « restaurer la dignité et la souveraineté » de la Thaïlande.
Le dossier pose une question de gouvernance : une province peut-elle rester inactive face à des allégations d’occupation économique illégale, jusqu’à ce qu’une pétition royale, puis une mobilisation nationale, forcent le mouvement ? Pour une partie des habitants et des entrepreneurs de Koh Phangan, la réponse est déjà non. Ils ne demandent pas seulement l’expulsion de réseaux contestés. Ils demandent que l’on ouvre les comptes, les permis et les silences de Surat Thani.
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