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Entretien de Jean-Claude Poimboeuf / YouTube AFBT
Transcript de l’entretien : Bonjour, nous voici dans les jardins de l’Ambassade de France à Bangkok où nous allons rencontrer ensemble notre ambassadeur M. Jean-Claude Poimboeuf. Après plusieurs années passées en Thaïlande, M. l’ambassadeur s’apprête à quitter le royaume. Nous avons souhaité discuter de cette expérience et de la solidarité des Français en Thaïlande.Bonjour M. le Président. Bonjour. Car vous êtes le Président d’honneur de l’AFBT La Bienfaisance. C’est exact. Tout d’abord, je vous remercie de nous avoir reçus dans ce cadre magnifique afin de nous parler et d’évoquer les moments forts de votre mandat. Avec plaisir en tout cas et toujours très heureux d’accueillir la bienfaisance à la résidence de France. Merci beaucoup.Pour commencer, quand vous êtes arrivé en Thaïlande, quelle était l’image que vous aviez des Français ? Ce n’était pas une image complètement neuve puisqu’il se trouve que c’est mon deuxième séjour en Thaïlande. J’avais vécu dans ce pays il y a 35 ans. Je faisais aussi partie de la communauté française. Mais elle était beaucoup moins nombreuse qu’elle ne l’est 35 ans après. La première idée que j’avais, c’est que j’allais trouver ici une communauté qui avait beaucoup augmenté par rapport à ce que j’avais connu. Donc un effet quantitatif très significatif.Quels sont les principaux clichés sur les Français vivant en Thaïlande ? Je pense que pour des gens qui vivent en France, ils ont du mal peut-être à s’imaginer qu’on peut être en Thaïlande pour travailler. Parce que pour des millions de nos compatriotes, vous savez, ils sont près de 800 000 à venir chaque année passer leurs vacances en Thaïlande. Donc la Thaïlande, c’est d’abord un pays pour les vacances et pas forcément un pays pour travailler. Donc je dirais que c’est peut-être ça, en fait, le principal cliché. C’est de se dire quand on est en France qu’on ne peut aller en Thaïlande que pour des loisirs ou pour travailler. Alors que nous avons des milliers de compatriotes qui sont installés en Thaïlande pour des raisons professionnelles ou autres, mais pour travailler.Et qu’est-ce qui vous a le plus surpris ? Alors c’est peut-être encore une fois le nombre très, très important de nos compatriotes. Le fait qu’ils soient répartis sur tout le territoire, je n’imaginais pas avant d’aller sur place qu’il y avait autant de nos compatriotes qui avaient choisi de vivre dans l’Issan, par exemple. Je m’en suis rendu compte en allant visiter notre agence consulaire à Khon Kaen. Et j’ai rencontré effectivement beaucoup de Français qui étaient dans cette région. Mais au-delà, il y en a un peu partout en Thaïlande. Évidemment, beaucoup à Bangkok et dans sa région, dans une grande ville comme Chiang Mai, les sites bien connus comme Koh Samui ou Phuket ou Pattaya. Mais on en trouve un petit peu partout en Thaïlande. Donc cette répartition géographique, ce qui m’a surpris aussi peut-être, c’est de découvrir de nouveaux profils comme les nomades numériques qui s’installent aussi de plus en plus nombreux en Thaïlande, attirés par la qualité des infrastructures, infrastructures internet, mais pas seulement, la connectivité de la Thaïlande. Donc ça, c’était un élément qui m’a frappé.Et comment pourriez-vous décrire cette communauté française et sa richesse ? Vous avez raison d’employer le terme de richesse. Ce qui caractérise la communauté française, c’est sa diversité. Au-delà du nombre que j’évoquais, c’est la diversité des profils. Mais si on essaie de la caractériser à grands traits, ce qui est frappant aussi, c’est que plus d’un tiers de notre communauté est âgée de plus de 60 ans. Et parmi ces plus de 60 ans, il y en a la moitié qui ont plus de 70 ans. Donc c’est une communauté qui compte beaucoup de retraités et beaucoup de personnes âgées. Ce qui nous amènera peut-être à d’autres considérations plus tard au cours de notre entretien.Au fil de votre mandat, vous avez rencontré des milliers de Français répartis dans toutes les régions de Thaïlande, notamment lors d’événements. Ce qui m’amène à la question suivante. Lors de votre mandat, quels ont été les moments les plus marquants ? Les moments les plus marquants professionnellement ont sans doute été, à titre bilatéral, les visites de haut niveau entre nos deux pays. Et là, au moment où nous nous parlons, je m’apprête à repartir pour Paris à l’occasion de la visite d’Etat de leur majesté, le roi et la reine, qui vont passer quatre jours dans notre pays à l’invitation du président de la République. Vous imaginez bien que pour une ambassade des échéances comme celle-là, nous mobilise beaucoup. C’est un moment très marquant, surtout à quelques semaines de la fin de mon mandat. Il y a eu d’autres moments, comme trois visites de premiers ministres thaïlandais en France. Ça, c’est vraiment ce qui marque l’activité d’une ambassade.S’agissant de la communauté française, je dirais que j’ai fait de très belles rencontres pendant ce séjour. Ce serait peut-être délicat de mentionner telle ou telle personne, mais je vais quand même le faire avec une personne, que j’avais rencontrée d’ailleurs avant même de revenir comme ambassadeur, qui est notre compatriote Elisabeth Zana, pour qui j’ai beaucoup d’amitié, beaucoup d’estime, beaucoup d’admiration. Je trouve qu’elle incarne parfaitement ce que une femme, un homme dans la difficulté peut faire de mieux pour surmonter son malheur de manière positive, en faisant du bien aux autres. C’est ce qu’elle fait avec son école pour enfants défavorisés à Krabi depuis des décennies. Je trouve qu’Elisabeth fait un travail admirable dans des conditions qui ne sont pas toujours faciles. Ça m’encourage beaucoup de voir des engagements comme celui d’Elisabeth qui me paraît particulièrement exemplaire.Qu’allez-vous retenir du peuple thaïlandais ? C’est un peuple extrêmement accueillant. On le voit d’ailleurs quand on s’intéresse à l’histoire de ce pays. On voit qu’au moment où les premières ambassades françaises viennent au Siam à l’époque, à la fin du XVIIe siècle, il y avait déjà des communautés étrangères assez nombreuses. Des Portugais, des Néerlandais, quelques Français, des missionnaires, des commerçants. Il y avait des persans, des Iraniens d’aujourd’hui, des Chinois bien sûr, des Japonais. C’est un peuple qui, depuis très longtemps, se montre ouvert et accueillant, tout en gardant d’ailleurs ses traditions et ses spécificités nationales. Je pense que le fait d’être accueillant le rend également tolérant. C’est un peuple qui est très tolérant.Quand j’ai des visiteurs qui viennent me voir dans mon bureau à l’ambassade, il se trouve que j’ai une vue qui résume très bien, à mon avis, ce qu’est la Thaïlande. Puisque je dis à mes visiteurs, vous voyez, là vous avez en face de vous le fleuve Chao Phraya, qui est le fleuve nourricier de la Thaïlande depuis des siècles. Vous voyez de l’autre côté des hôtels, un mall. Ça c’est aussi la Thaïlande moderne. Mais si vous regardez bien, vous avez à droite un petit temple bouddhiste. Juste à côté, une petite posthée. Et de l’autre côté, la cathédrale de l’Assomption, fondée par des missionnaires français. Le collège de l’Assomption, fondé également par des prêtres français, qui a formé des générations de l’élite thaïlandaise. Et tout ceci coexiste vraiment de manière harmonieuse. Et ça c’est un bon message, je crois, dans un monde comme le nôtre, qui est de plus en plus fragmenté, de plus en plus replié sur des identités qui conduisent parfois à se montrer intolérants vis-à-vis de l’autre. Je trouve que la Thaïlande offre une belle leçon de tolérance.Quel regard portez-vous sur la Thaïlande du futur ? Vous savez, beaucoup de gens ont un regard un peu pessimiste sur la Thaïlande d’aujourd’hui, en disant qu’elle cumule les difficultés avec beaucoup d’instabilité politique depuis deux décennies, même si les dernières élections de février ont amené un gouvernement qui devrait durer, avec une stabilité au Parlement. On regarde les performances économiques de la Thaïlande qui sont moins impressionnantes que dans le passé et que celles de ses voisins. Quand on regarde les pays de l’ASEAN, le Vietnam notamment, la Malaisie, l’Indonésie, les Philippines, tous ces pays ont des taux de croissance plus forts. C’est oublié aussi peut-être que la Thaïlande est partie plus tôt que les autres, donc elle a une économie mature qui fait qu’elle a une croissance moins forte. Mais on sent bien, malgré tout, un regard un peu plus critique, plus négatif. Je pense qu’il faut raisonner sur le plus long terme et voir que ce pays a des atouts très importants, qui sont d’ailleurs une des raisons pour lesquelles beaucoup de nos compatriotes s’installent en Thaïlande. Ces atouts, ce sont, au-delà de ce qu’on a dit sur le peuple thaïlandais, ces qualités d’accueil, c’est des infrastructures de bonne qualité, c’est un système de santé de bonne qualité, la présence d’écoles internationales. C’est l’occasion pour moi de rappeler que, s’agissant seulement de la France, il y a 10 établissements scolaires français sur tout le territoire thaïlandais, dont 7 ont un lien avec l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger, l’AEFE. Il n’y a pas d’autres pays dans la région où le réseau scolaire français soit aussi développé. Ça aussi, c’est un facteur d’attractivité.Beaucoup de compatriotes qui sont d’ailleurs dans des pays voisins viennent s’installer en Thaïlande. C’est aussi quelque chose qui m’a frappé de rencontrer des Français qui venaient de Chine, de Singapour, ou d’autres pays, qui nous disent « je me suis installé en Thaïlande pour toutes les raisons que je viens d’évoquer, et puis peut-être parce que c’est mieux d’être ici en Thaïlande que de vivre à Shanghai ou à Singapour, qui sont des villes qui sont devenues très chères, très compétitives, peut-être plus difficiles, et quand on regarde sur la carte, peut-être aussi un peu moins bien situées pour circuler dans la région. Donc moi, j’ai confiance dans le fait que la Thaïlande saura valoriser ses atouts et se réinventer comme elle a su le faire au fil de son histoire.On parle souvent des succès économiques ou culturels, de la présence française à l’étranger, mais moins de l’action sociale. Pourquoi est-elle importante ? Elle est importante parce que, malgré tous ces succès, et il y en a beaucoup, beaucoup de nos compatriotes se portent très bien ici, sont très bien intégrés, bien installés, font de bonnes affaires dans leur vie professionnelle, mais c’est oublié que certains de nos compatriotes n’ont pas une vie aussi facile. Je citais tout à l’heure la présence très importante de retraités. Retraité ne veut pas dire nécessairement quelqu’un dans la difficulté, mais ça accroît un peu la vulnérabilité de nos compatriotes qui peuvent rencontrer un peu plus que lorsqu’ils étaient plus jeunes des difficultés en matière de santé. Donc cette action sociale, elle s’adresse en priorité à nos compatriotes les plus vulnérables qui existent, qui sont parfois isolés dans des régions éloignées de Bangkok, ne parlant pas nécessairement ni le thaï, ni l’anglais, et donc qui ont besoin d’être accompagnés. Et c’est l’objectif de l’action sociale, de même que, parce que ça rentre dans l’action sociale, nous accompagnons les familles qui ne peuvent pas prendre en charge les frais de scolarité pour les établissements scolaires de l’AEFE par des bourses scolaires. Aucun autre pays n’offre cette possibilité aux enfants français d’être scolarisés aux frais du contribuable jusqu’à 100%, pas toujours à 100%, mais des quotités importantes qui peuvent aller jusqu’à 100%, de manière à ce que nos enfants puissent continuer à suivre une scolarité française, à condition bien sûr qu’ils soient français et dans un établissement français. Bien sûr, c’est une information très importante.Et quels sont les principaux défis auxquels certains français peuvent être confrontés en Thaïlande ? J’en ai évoqué quelques-uns, peut-être celui de l’isolement. Pour ceux des français qui sont là depuis longtemps, alors on peut se dire, normalement ils devraient être bien intégrés, mais le temps passant, il y a les accidents de la vie, parfois ils ne sont plus tout à fait dans la même situation que celles qu’ils ont connues lorsqu’ils se sont installés, et donc il y a certains français qui sont isolés, notamment dans l’Isan, mais pas seulement, j’ai entendu des histoires très tristes de français à Phuket aussi, qui étaient presque clochardisés, si vous permettez l’expression, qui vivent presque dans la rue avec très peu, qui vivent de la charité, donc ça arrive, heureusement c’est très exceptionnel, mais ça peut arriver, donc il y a des risques d’isolement, de paupérisation, de vulnérabilisation par rapport au filet de sécurité qu’on peut avoir quand on est en France.À la AFBT, nous sommes très concernés par les sujets de santé, pour lesquels nous recevons énormément de questions, quelles précautions conseillez-vous ? La première des précautions, c’est de ne pas s’installer en Thaïlande sans assurance, donc ça c’est un conseil qui paraît de bon sens, mais qui n’est pas suivi par tout le monde, parce qu’on se dit, tant qu’on a la santé, pourquoi payer très cher une assurance jusqu’au jour où ? Donc malheureusement, nous avons souvent à traiter, d’ailleurs en lien avec la AFBT, des situations dans lesquelles nous découvrons que nos compatriotes n’ont pas pris d’assurance, de même que nous avons nos résidents, mais j’évoquais les très nombreux voyageurs, 800 000 par an, il suffit qu’il y en ait une toute petite proportion qui soit en difficulté, souvent n’ayant pas pris d’assurance rapatriement ou d’assurance santé, qui se trouvent confrontés suite à un accident, à des situations quasi inexplicables. Donc assurance, assurance, assurance.Pourquoi les associations comme la bienfaisance sont importantes ? Vous êtes particulièrement importante, parce que nous ne pouvons pas tout faire à l’ambassade. Nous avons certes un service des affaires sociales, qui gère les bourses scolaires, les quelques aides qu’on peut apporter aussi à des Français en difficulté, mais nous ne pouvons pas tout faire. L’activité est extrêmement soutenue, et j’aimerais d’ailleurs que nos compatriotes en soient davantage persuadés. C’est un chiffre que je donne souvent, mais qui donne une bonne idée de la situation. Il y a un Français qui meurt en Thaïlande toutes les 40 heures. Toutes les 40 heures, nous avons un compatriote qui décède en Thaïlande, pour toutes sortes de raisons. Ça peut être des décès naturels liés à l’âge ou suite à une maladie, mais aussi des accidents, des suicides. Ça veut dire que nos collègues qui sont en charge des affaires sociales, ils ont en permanence 3 ou 4 dossiers de décès à traiter, qui sont évidemment les cas les plus lourds à traiter avec les familles, en France ou ici. Et en plus de ça, il faut s’occuper de tous les Français qui rencontrent des difficultés ici, qui peuvent être aussi des accidents, des pertes de documents, parfois certains se mettent eux-mêmes en danger, dans des situations où il faut les aider. Plus le traitement administratif des bourses, des aides sociales. Donc c’est extrêmement lourd. C’est la raison pour laquelle nous sommes très heureux de pouvoir nous appuyer pour certaines de ces actions sur l’AFBT, notamment pour être au contact de certaines personnes qui sont parfois un peu loin de Bangkok. Et l’AFBT a jeté ses filets un peu partout. Et heureusement, ça nous rend de grands services.Et en quoi la bienfaisance se distingue des autres associations ? Par sa vocation. Beaucoup d’associations françaises en Thaïlande sont des associations pour favoriser des rencontres, pour que les Français se retrouvent entre eux, organisent des activités, des sorties culturelles, et ça c’est très bien. Il faut le faire, pour ceux qui le souhaitent. Mais il y a aussi d’autres associations qui ont une vocation de solidarité. Et c’est le cas de la Bienfaisance, qui est ce qu’on appelle un organisme local d’entraide et de solidarité, OLES, qui à ce titre peut prétendre à bénéficier de subventions de l’État français à travers l’ambassade. Et donc c’est cette vocation même d’aide aux Français qui vous distingue des autres associations. Une amicale, ici ou là, pourra donner peut-être des conseils, ou offrir des sorties, des rencontres, mais pas une aide à des personnes en difficulté. Donc c’est ça la grosse différence.Et comment voyez-vous les relations entre l’ambassade et la bienfaisance ? Moi je suis là depuis trois ans, j’ai toujours eu les meilleurs rapports avec les responsables de la bienfaisance. Il y a une relation qui est très structurée, puisqu’il y a un dialogue permanent entre les responsables de l’association, notamment ceux qui sont sur les dossiers concrets d’aide aux Français et nos services sociaux, tellement structurés que d’ailleurs nous avons, il y a deux ans si ma mémoire est bonne, signé un protocole d’accord entre l’ambassade et la bienfaisance pour qu’on soit bien d’accord sur la manière de faire, sur le modus operandi. Et ça je pense que c’est très utile, notamment quand il y a des nouvelles personnes qui arrivent aux responsabilités, que ce soit à l’ambassade ou à la bienfaisance, d’avoir un document auquel on peut se reporter pour savoir exactement comment on fait, qui prend en charge tel ou tel aspect. À partir du moment où vous recevez aussi une subvention de l’État, qui est significative, il faut que ce soit clair, s’appuyant sur des documents ayant valeur juridique. Donc vous êtes sans doute l’association avec laquelle il existe la relation la plus structurée.Et quels autres conseils pourriez-vous donner aux Français qui vivent ici ? Je pense qu’à partir du moment où on fait le choix de vivre dans un pays qui n’est pas le sien, il faut accepter de se conformer à la totalité des réglementations et de la législation locale. Certains de nos compatriotes parfois voudraient jouer un peu sur les deux tableaux en disant je suis en Thaïlande mais je voudrais continuer à bénéficier de tout ce que la France peut m’apporter. Mais seulement quand c’est à leur avantage. J’y pense notamment dans le cas de la fiscalité, qui était un grand sujet de débat au sein de la communauté. Mais si on doit payer des impôts en Thaïlande, il faut payer des impôts en Thaïlande. Sauf si on peut en être dispensé parce qu’on paye ses impôts en France. Mais ça veut dire qu’il faut faire toutes les démarches telles qu’on les fait en France. Donc mon conseil c’est vraiment de se conformer strictement aux lois thaïlandaises. Certains peuvent se montrer critiques de tel ou tel aspect de la Thaïlande. Mais encore une fois c’est un choix qui a été assumé, je pense, de s’installer en Thaïlande. Donc si on est en Thaïlande, il faut prendre tout ce que la Thaïlande vous offre, y compris des aspects que vous jugez moins favorables à votre situation.Est-ce que vous avez plus de conseils à donner en matière d’assurance ? Vous aviez dit que les Français, dès qu’ils arrivent, il faudrait qu’ils aient une assurance, que ce soit des touristes ou des gens qui habitent ici. Mais est-ce que vous avez d’autres conseils ? C’est un conseil vraiment de portée générale. C’est vraiment, quel que soit l’organisme auquel on s’adresse, que ce soit la Caisse des Français de l’Étranger, une autre assurance privée ou un autre système, il faut en tout cas avoir une assurance avant qu’il ne soit trop tard. Parce que souvent, comme je le disais, on s’en aperçoit une fois que le malheur est déjà là et on se retrouve dans une situation financière inextricable, avec parfois des familles en France qui ne peuvent pas toujours aider, n’ont pas toujours les moyens d’aider. Et l’ambassade n’a pas les moyens, elle n’est pas assise sur un trésor qui permettrait d’aider tous nos compatriotes de manière illimitée. Il y a toujours un petit peu cette idée aussi que l’ambassade sera toujours là pour aider. Nous faisons le maximum, mais il y a des situations dans lesquelles ça n’est pas possible et on ne peut pas se substituer aux individus, aux familles. Et c’est là que souvent, d’ailleurs, on travaille ensemble, main dans la main, la bienfaisance, l’ambassade, pour accompagner ces personnes.Et quel message voulez-vous adresser aux bénévoles ? Ça tient en un mot, merci. Merci pour ce que vous faites. Merci, c’est un engagement remarquable qui vient en plus de ce que vous faites dans votre vie personnelle ou professionnelle. Il n’y a pas tant de volontaires que ça, on voit bien. J’ai souvent eu l’occasion de le dire aux associations françaises que j’ai essayé de réunir chaque année ici à l’ambassade. Les associations reposent souvent sur un tout petit nombre de personnes bénévoles qui sont entourées soit de gens qui s’en remettent entièrement à ces quelques personnes, soit qui pensent toujours pouvoir faire mieux que ceux qui s’engagent, mais ceux qui critiquent ne s’engagent pas forcément. Je sais que ça n’est pas toujours facile et j’admire celles et ceux qui acceptent de s’engager au bénéfice de nos compatriotes. Ce n’est pas seulement en Thaïlande, c’est de manière générale, je l’ai vu partout, y compris en France. C’est souvent un tout petit nombre de personnes et c’est aussi la raison pour laquelle il faut que ça tourne parce que les mêmes ne peuvent pas toujours assumer ces responsabilités parfois lourdes trop longtemps.Que souhaitez-vous pour l’avenir de la communauté française en Thaïlande ? Je souhaite qu’elle continue à être heureuse dans son pays d’élection. Je pense que la quasi-totalité de nos compatriotes sont très heureux du choix qui a été fait de venir en Thaïlande pour toutes les raisons qu’on a indiquées. Donc il faut continuer à contribuer à la relation entre la France et la Thaïlande par leur présence. La relation entre deux pays, ce n’est pas seulement ce que font les gouvernements, les fonctionnaires, c’est aussi des échanges humains qui passent par la société civile. Les gens qui vivent ici, qui sont quelque part aussi des représentants de notre pays. Je souhaite aussi que tous nos compatriotes donnent la meilleure image possible de la France. On sait que parfois on reproche à certains compatriotes de mal se comporter en Thaïlande. Ça me fait de la peine. J’aimerais que les Thaïlandais continuent à avoir une image positive de notre pays qui est alimentée par une longue histoire, par un certain prestige de notre langue, de notre culture, de notre science, des succès économiques de nos entreprises. Continuez à travailler à cette relation. Soyez les ambassadeurs de la France. Il y a l’ambassadeur qui représente le président de la République, le gouvernement, les autorités, mais il y a aussi des milliers d’autres ambassadeurs qui sont les ambassadeurs de la culture française.Quel mot aimeriez-vous laisser aux Français qui y vivent et à ceux qui arrivent ? Ceux qui arrivent, mon message c’est enregistrez-vous au consulat parce qu’un certain nombre de nos compatriotes continuent de ne pas vouloir s’enregistrer. J’avoue ne pas très bien comprendre pourquoi. Soit on se tient à l’écart des représentants français, mais dans ce cas-là il ne faut pas se tourner vers l’ambassade quand on est en difficulté. On rend toujours un meilleur service à des personnes qu’on connaît. Le simple fait de les avoir enregistrés, d’avoir un minimum de données sur eux, ça nous permet de rendre de meilleurs services. C’est également une de nos responsabilités leur offrir des services en matière de sécurité. Vous savez que nous avons un système d’îlotiers qui sont responsables de certains quartiers et c’est évidemment important de connaître les gens qui sont installés si le jour où on doit leur apporter secours parce qu’il y aura eu une catastrophe. Rappelez-vous le tremblement de terre de mars 2025. Beaucoup de nos compatriotes se sont aussi tournés vers l’ambassade en disant « mais qu’est-ce que vous pouvez faire pour nous ? » Si on ne les connaît pas, c’est toujours plus difficile. Donc essayez de surmonter cette réticence de certains à s’enregistrer. Nous ne sommes pas là pour les surveiller. Vraiment, ça n’est absolument pas dans nos missions. Je ne vois pas d’ailleurs ce qu’il y aurait à surveiller. Mais simplement qu’on les connaisse pour leur rendre ce bon service qui je crois est celui de l’ambassade de France puisque nous avons un taux de satisfaction en général proche de 96 ou 97%. Donc c’est assez remarquable. Quand vous êtes enregistré, vous pouvez aussi voter. Nous aurons des élections dans notre pays l’année prochaine. Je sais que nos Français à l’étranger sont aussi attachés à pouvoir exercer leurs droits de vote. Donc n’hésitez pas à vous faire connaître de l’ambassade pour bénéficier de tout ce qu’on peut vous apporter et d’exercer vos droits de citoyens français.Je voudrais peut-être rappeler aussi à cette occasion que la France est le pays qui offre la gamme de services la plus étendue à ses ressortissants à l’étranger. Si vous faites une comparaison avec ce que offrent ne serait-ce que nos partenaires de l’Union européenne, c’est un rapport de 1 à 5. Tous les pays n’offrent pas la possibilité de participer aux élections, d’élire leurs représentants, puisqu’il y a 4 représentants élus de la communauté française pour la Thaïlande et la Birmanie. Aucun autre pays n’offre des bourses scolaires ou des aides sociales. C’est un dispositif très étendu, très développé, dont nous pouvons être fiers, mais qui suppose encore une fois qu’on connaisse la population à laquelle ça s’adresse.Et si vous deviez résumer votre expérience thaïlandaise en une seule phrase, quelle serait-elle ? Que ça a été pour moi un honneur de représenter mon pays en Thaïlande. Comme je vous l’ai dit, c’est la deuxième fois que nous servons ici à Bangkok. C’est le seul pays, d’ailleurs, au cours de ma carrière, où j’ai servi deux fois. Donc c’est vous dire l’intérêt que je porte à ce pays et le fait d’avoir été désigné.
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