AFBT en Thaïlande : des subventions publiques loin du regard des Gilets Jaunes

Image IA d'illustration

Alors que la défiance sur la gestion de l’État grandit en France, en Thaïlande une association communautaire perçoit des subventions via l’ambassade de Bangkok et suscite des questions sur sa gouvernance et la réalité de son engagement.

Dans un climat de méfiance croissante envers les institutions et les dépenses publiques en France, c’est l’Association Française de Bienfaisance en Thaïlande (AFBT) qui attire l’attention de la communauté française de Thaïlande. Reconnue comme « Organisme Local d’Entraide et de Solidarité » (OLES), elle reçoit des fonds de l’État français versés par l’ambassade de Bangkok. Destinées à soutenir les Français en difficulté, ces aides soulèvent cependant des interrogations sur leur utilisation précise et sur la gouvernance de la structure, surtout que leur communication faite de références maçonniques à outrance suscite la suspicion.

La main dans la poche n’est pas forcément un signe d’impolitesse. / Photo : AFBT

Les doutes remontent à près de dix ans : un résident français de Pattaya, Antoine Kuipers, auteur de la page (désormais fermée) « Quotidien de Thaïlande », avait alors formulé des accusations graves d’agression dans les locaux de l’ambassade à l’encontre de l’officier de sécurité de l’époque, qu’il avait qualifié de « barbouze ». Dans ses déclarations, parfois jugées hostiles ou erratiques, il avait rapidement mis en cause l’AFBT, alors dirigée par le même individu. L’affaire n’a jamais fait l’objet d’une clarification publique complète. Lors d’un entretien téléphonique réalisé en 2018 par ZoneSamui.com, l’officier a reconnu une simple altercation dans un couloir de l’ambassade.

Christophe Fromont, surnommé « le Major », ancien gendarme arrivé à l’ambassade en 2010, a ensuite quitté ses fonctions et s’est reconverti dans la sécurité privée. Il a exercé la présidence de l’AFBT. Des liens étroits existaient donc déjà avec le poste diplomatique avant et pendant la période d’obtention du statut OLES et des subventions publiques. Chaque année, l’association organise le traditionnel apéro « Beaujolais nouveau », souvent dans les jardins de la Résidence de France, avec le soutien du poste et de l’ambassadeur souvent président d’honneur de l’association. Cet événement caritatif, placé sous haut patronage, s’est poursuivi sous plusieurs ambassadeurs, notamment Gilles Garachon, Jacques Lapouge et Jean-Claude Poimboeuf.

Sur le plan légal, le cumul -ou l’extrême proximité- d’un poste sensible à l’ambassade et d’une direction associative n’est ni banal ni recommandé. Le risque de conflit d’intérêts, d’ingérence perçue, d’atteinte à l’image voire de chantage existe. On peut légitimement s’interroger sur le niveau de transparence exigible d’une structure qui reçoit des fonds publics, afin d’écarter tout doute sur son fonctionnement.

Dans un entretien filmé récemment diffusé, l’ancien ambassadeur Jean-Claude Poimboeuf a insisté sur la nécessité d’un cadre écrit pour une association au fonctionnement jugé par beaucoup opaque :

Vidéo : Entretien de Jean-Claude Poimboeuf / YouTube AFBT

« À partir du moment où vous recevez aussi une subvention de l’État, qui est significative, il faut que ce soit clair, s’appuyant sur des documents ayant valeur juridique. Nous avons signé un protocole d’accord entre l’ambassade et la bienfaisance pour qu’on soit bien d’accord sur la manière de faire, sur le modus operandi. »

Ces propos, loin d’éteindre les critiques, ont été lus par certains comme un rappel face à des pratiques jugées trop -informelles-, surtout après plus d’une décennie d’activité.

L’évolution récente de l’AFBT n’a pas dissipé les réserves. Après le départ de Christophe Fromont, c’est Siline Ng-Amphoux, ancienne présidente de Bangkok Accueil (association du même type) et entrepreneure, qui assure désormais la direction opérationnelle à plein temps. Des questions persistent sur la transparence des comptes et l’existence de contrôles indépendants suffisants sur l’emploi des fonds publics. L’association, désormais régie par le droit thaïlandais, multiplie les partenariats et les événements tout en bénéficiant de subventions croissantes.

Lors de son récent déplacement à Bangkok pour les Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, la ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, Éléonore Caroit, a rencontré les responsables de l’AFBT alimentant ainsi les interrogations sur le soutien institutionnel apporté à une structure dont la transparence reste floue.

La dernière initiative en date inquiète un peu plus: l’AFBT organise une conférence-débat avec Alain Juillet, ancien directeur du renseignement à la DGSE et ancien grand vénérable maître de la GL-AMF. L’une des loges de cette obédience, « Athanor », a récemment été citée dans une affaire judiciaire impliquant des faits de barbouzerie. Cela peut expliquer la raison de cette conférence, mais donne une image déplorable sur ce genre de pratiques que les Gilets jaunes ne veulent plus voir. À noter qu’une des loges de la GL-AMF, « Saboey », opérait sur Koh Samui avant de discrètement disparaître.

Le Logo de Saboey / GL-AMF

Alors que la métropole s’indigne des gaspillages publics et des protections de caste, ces mécanismes nourrissent un sentiment d’injustice. Les Français peuvent légitimement attendre une plus grande transparence sur l’emploi des fonds publics versés à des associations situées à l’étranger, surtout quand elles opèrent loin des contrôles exigés en France…

Sources : source 1, source 2, source 3, source 4, source 5, source 6, source 7

Note : Cet article est basé sur des informations publiques et des sources citées. Les faits rapportés n’impliquent pas une culpabilité judiciaire.

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