Tensions autour d’un cimetière communautaire à Chachoengsao : entre permis périmé, tombes supplémentaires et colère locale

Photo: Dailynews

Des autorités locales ont constaté quatre emplacements de sépulture dans un cimetière juif du moo 2 de Semed Tai, à Bang Khla (Chachoengsao), dont trois sous une tente bleue. Les riverains, déjà alarmés par un projet pouvant aller jusqu’à 1 200 tombes près de leurs étangs et d’un centre pour enfants, redoutent une contamination de l’eau.

Le 4 septembre, des représentants d’une société ont ouvert les grilles du cimetière juif situé dans le moo 2 du tambon « Semed Tai », dans le district de Bang Khla, afin de permettre aux autorités administratives, à la police et aux responsables locaux d’effectuer une inspection. Plusieurs villageois étaient sur place pour se plaindre de la situation.

Les enquêteurs ont recensé quatre emplacements de sépulture, sans procéder à une exhumation. Un se trouve près de la clôture ; les autorités l’associent à l’inhumation intervenue pendant la période de validité du permis. Les trois autres, sous une tente bleue, correspondent selon elles à des inhumations postérieures à l’expiration de l’autorisation. Deux de ces tombes avaient été recouvertes de béton et portaient des plaques nominatives, tandis que la troisième, plus récente, n’était encore marquée que d’une inscription provisoire.

Photo: The Nation
Le permis, délivré le 19 avril 2021 pour trois ans, a expiré en avril 2024. Les autorités estiment que les trois inhumations supplémentaires ont eu lieu après cette date, vers la fin de 2025. La veille de l’inspection, le 3 septembre, la province et l’organisation administrative du tambon affirmaient encore qu’il n’y avait plus de corps sur place, ou qu’un seul corps avait été enterré puis déplacé.

Au-delà de ces sépultures constatées sur place, les habitants du quartier s’inquiètent surtout de l’ampleur du projet. Des informations circulant en ligne présentent le site, identifié comme « Jewish Cemetery Thailand », comme pouvant accueillir jusqu’à 1 200 tombes : il s’agit de la capacité affichée du projet, et non du nombre de corps déjà inhumés. Le terrain, d’un peu plus de six rai (environ un hectare), est ceint d’un mur d’environ quatre mètres de haut. C’est cette perspective d’un cimetière de grande capacité, et non seulement les tombes récemment constatées, qui a poussé les riverains à se rassembler.

Leur principale crainte est environnementale. Le site se trouve à proximité de cours d’eau naturels, d’étangs à crevettes et à poissons dont dépendent de nombreux agriculteurs du tambon, ainsi qu’à environ 500 mètres d’un centre de développement de l’enfance du sous-district. Les villageois redoutent une contamination de l’eau utilisée pour l’irrigation et l’aquaculture, donc pour leurs revenus. Plusieurs habitants disent aussi mal supporter l’idée d’un cimetière aussi près de leurs maisons (pour des raisons de superstition).

Ces inquiétudes ne datent pas uniquement de l’inspection de septembre. En 2024, une habitante de 70 ans vivant juste à côté du terrain a raconté qu’un fourgon transportant un corps s’était arrêté devant chez elle : les occupants lui avaient demandé la clé du portail, la prenant pour la gardienne. Cet épisode a révélé aux riverains l’usage prévu du lieu et a déclenché une opposition durable.

Nuanphan Chaengcharoen, 53 ans, habitante du secteur, a exprimé sa colère. Selon elle, la société a agi illégalement dès l’origine en construisant le cimetière dans le moo 2 alors que l’autorisation mentionnait le moo 4 — une accusation formulée par cette riveraine, que les documents administratifs publics situent pour l’instant le site au moo 2.

« Si le deuxième corps n’avait pas été amené, les habitants n’auraient même pas su que cet endroit était devenu un cimetière », a-t-elle déclaré.

Le permis d’exploitation initial, valable trois ans, avait été délivré en 2021 par un ancien gouverneur provincial. Il est aujourd’hui périmé. Une demande de renouvellement a été rejetée par les autorités provinciales, puis par le ministre de l’Intérieur en 2025. L’organisation administrative du tambon n’a autorisé que la construction du mur d’enceinte (plus de 900 mètres de long) et a refusé un funérarium ainsi qu’un local de lavage des corps. Le dossier est toujours devant le tribunal administratif de Rayong. Un comité de 13 organismes avait déjà été constitué en février 2024 pour examiner le projet au regard des règles sur les cimetières.

Namphueng Khamsaat, chef du tambon Semed Tai, a confirmé que trois corps avaient, selon les autorités, été enterrés après l’expiration de l’autorisation. Elle a également rapporté les propos tenus par le représentant de la société lors de l’inspection : « Vous n’avez pas peur des fantômes ? »

Kittipong Sileuang, président de l’organisation administrative du tambon, a annoncé que des poursuites seraient engagées auprès du poste de police de Bang Khla pour violation de la loi sur la santé publique. Il a également demandé le démantèlement de la tente, considérée comme une construction illégale au-delà de la durée autorisée de dix jours. Dans un souci d’apaisement, les autorités locales ont aussi rappelé que le renouvellement du permis avait été refusé et que le site ne devait plus servir de cimetière, un message qui n’a pas dissipé les craintes des riverains, désormais confrontés à la découverte de sépultures supplémentaires et à la perspective, relayée en ligne, d’un projet de 1 200 tombes au milieu de leurs étangs.

Sources : Dailynews & The Nation

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