Koh Tao, l’île de la mort : Suzanne Buchanan ne lâche rien depuis plus de dix ans

Un bel exemple de résilience : Suzanne Buchanan, ancienne rédactrice d’un journal local en anglais, a quitté la Thaïlande après avoir reçu des menaces de mort pour avoir dénoncé les dysfonctionnements de l’enquête sur le double meurtre de Koh Tao. Depuis plus de dix ans, elle se bat pour prouver l’innocence des deux travailleurs birmans condamnés à tort, tout en continuant à les soutenir financièrement.

Il est indéniable que, contrairement aux discours optimistes de quelques journalistes subventionnés, couvrir la réalité thaïlandaise comporte de vrais risques. Les suicides et décès suspects de journalistes ressemblent souvent à des meurtres déguisés. La corruption locale est extrême, et le pays compte également de nombreux délinquants sexuels, escrocs et personnes recherchées, ce qui rend toute publication critique potentiellement dangereuse. Pour beaucoup, l’envers du décor du « pays du sourire » suscite une inquiétude bien réelle… et pas seulement chez les journalistes.

Ce ne sont pas seulement les faits eux-mêmes qui préoccupent, mais surtout l’absence de réponse à l’échelle nationale, c’est d’ailleurs l’une des principales raisons de la baisse du tourisme dans la région. Dans la région, les semaines précédant les élections du 8 février 2026, des raids ont été menés pour appréhender certains des nombreux profils à risque. Pourtant, le suivi de ces opérations reste flou et la corruption permet aux criminels de continuer à agir impunément après avoir été délestés de quelques billets.

Les victimes du meurtre de 2014.

En septembre 2014, les corps de deux jeunes Britanniques, Hannah Witheridge, 23 ans, et David Miller, 24 ans, sont découverts sur la plage de Sairee à Koh Tao. Hannah a été violée et tuée à coups d’outil agricole, David a été noyé. L’affaire bouleverse toute la communauté backpacker. La police thaïlandaise arrête rapidement deux ouvriers migrants birmans, Zaw Lin et Wai Phyo, alors âgés d’une vingtaine d’années. Très vite, le constat est unanime : l’enquête ne tient pas la route.

Les deux hommes condamnés à tort.

Les deux hommes avouent sous la contrainte, les preuves ADN sont contestées par des experts indépendants, des images de vidéosurveillance disparaissent, des témoins sont ignorés. Condamnés à mort en décembre 2015, leur peine est commuée en réclusion à perpétuité en 2020.

Suzanne Buchanan, alors propriétaire et rédactrice en chef du Samui Times, fait de ce reportage un combat personnel. Installée à Koh Samui depuis 2005, elle dénonce la corruption qu’elle observe depuis des années : enquête bâclée, aveux extorqués, protection des potentats locaux. Koh Tao est depuis surnommée « l’île de la mort », avec plus de vingt morts suspectes de touristes enregistrées depuis 2014.

Voir aussi : Koh Samui : Tinnakorn Poolsawad, « Chao Pho sans peur », de retour cette fois à Lamai

Les familles parlent de « malédiction de la tortue », mais beaucoup pointent du doigt le contrôle exercé par quelques familles puissantes, les Chao Pho (parrains locaux) qui règnent sur les taxis, les bars, les clubs et la Full Moon Party à Koh Phangan et dans certains lieux de Koh Samui.

Suzanne Buchanan a raconté toute cette histoire dans son livre The Curse of the Turtle. Menacée de mort : « Si vous continuez à défendre ces deux garçons, vous risquez votre vie », elle a choisi de partir.

« Quand j’ai épousé un Thaïlandais sur l’île de Koh Samui en 2005, je n’aurais jamais imaginé quitter la Thaïlande. J’étais obsédée par tout ce qui était thaï et je fermais souvent les yeux sur les affaires louches, préférant profiter de la vie au paradis. Pas de 9-5 dans un pays occidental morne plein de règles et de mauvais temps ! J’aimais ma vie et ce qui était devenu mon pays. Quand Zaw Lin et Wai Phyo ont été condamnés à mort, l’amour que j’avais pour la Thaïlande a disparu. Je ne pouvais plus faire semblant que la corruption n’était pas omniprésente. On m’a dit que si je tenais à la vie, je ne devais pas me battre pour ces deux petits garçons et leurs mères qui sont devenues mes amies. J’ai décidé que personne ne me dicterait ce que je pouvais faire de ma vie. Alors, après avoir été menacée de mort si je ne me taisais pas, je suis partie ! Aujourd’hui je travaille de 9 h à 17 h dans un pays occidental morne où le temps est pourri la moitié de l’année. Je soutiens toujours les garçons, toutes ces années plus tard. Je ne m’arrêterai jamais. Le paradis n’est pas le paradis quand des innocents sont condamnés à mort et que des dizaines de jeunes voyageurs y laissent leur vie ! Je choisis la décence, l’intégrité et ce qui est juste plutôt que le soleil, la mer et la corruption galopante. Et même si la Thaïlande me manque sur certains aspects… elle peut aller se faire foutre ! »

Dans son dernier message du 4 février, elle annonce avoir envoyé 7 000 bahts aux deux hommes grâce à une donatrice généreuse. Elle publie régulièrement des photos d’eux en prison, les lettres qu’ils lui écrivent, et maintient la pression internationale.

Des centaines de commentaires la soutiennent : femmes étrangères violées et ignorées par la police, Thaïlandais dénonçant la corruption au plus haut niveau, expatriés affirmant que « tout le monde sur les îles sait qui contrôle vraiment Koh Tao ».

Suzanne Buchanan n’a jamais cessé de plaider l’innocence de Zaw Lin et Wai Phyo. Elle a perdu son pays d’adoption, mais elle a gagné une cause bien plus grande : celle de la vérité face à un système qui sacrifie les plus faibles pour protéger les puissants.

Seule tache à son dossier, son soutien a Tommy Robinson, un agitateur et probablement agent israélien, qui opère en roue libre en Angleterre depuis quelques années, seul point qui argue en sa défaveur

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