Washington alerte, Bangkok et Phuket protestent : la Thaïlande au cœur des tensions israéliennes

Yehuda Kaploun / Photo: EJC

Un haut responsable américain s’alarme de la montée de propos antisémites en Thaïlande après des rassemblements à Bangkok et Phuket contre la communauté juive.

Un haut responsable américain a exprimé son inquiétude face à ce qu’il qualifie de rhétorique antisémite croissante en Thaïlande, à la suite de manifestations récentes à Bangkok et à Phuket. Le rabbin Yehuda Kaploun, envoyé spécial des États-Unis chargé de surveiller et de combattre l’antisémitisme, a indiqué que le Département d’État restait en contact étroit avec les autorités thaïlandaises afin d’assurer la protection de la communauté juive pendant la période des fêtes.

Ses propos interviennent après des manifestations visant des visiteurs israéliens et des activités juives, dont une démonstration près de la Chabad House à Phuket. Un rassemblement prévu pour Rosh Hashanah y a finalement été annulé pour des raisons de sécurité. Le rabbin Kaploun a écrit :

« Je suis profondément préoccupé par la montée de la rhétorique antisémite en Thaïlande. Le Département d’État reste en contact étroit avec les autorités thaïlandaises pour garantir que la communauté juive soit protégée pendant la saison des fêtes. »

Les incidents impliquant des touristes israéliens se multiplient sur les réseaux sociaux, poussant certains commerçants à refuser totalement cette clientèle. Ceux-ci demandent désormais aux autorités d’agir fermement. À Bangkok, des centaines de personnes se sont rassemblées devant l’ambassade d’Israël sous la conduite de Sondhi Limthongkul, qui a accusé les centres Chabad d’acheter des terres pour des réseaux « sionistes ». À Phuket, environ 500 manifestants ont protesté près de la Chabad House de Patong avec des pancartes « Save Phuket No Israel ». Sur Koh Samui, un homme d’affaires israélien, Jacob Ohayon, a fait l’objet d’une ordonnance d’expulsion après un conflit impliquant des menaces. Les autorités ont également lancé des enquêtes sur des réseaux de sociétés prête-noms à Pattaya, Phuket, Koh Phangan et Koh Samui, avec des avoirs estimés à des dizaines de milliards de baht. Dix Israéliens avaient déjà été expulsés de Koh Phangan pour des activités commerciales illégales. Enfin, plusieurs écoles non autorisées accueillant des enfants israéliens ont été signalées sur Koh Phangan.

Photo: The Nation

Dans le même temps, le journaliste thaïlandais Voranai Vanijaka propose pour sa part une lecture plus large des tensions. Il décrit la Thaïlande comme un carrefour du « capital gris », autrement dit des capitaux d’origine douteuse, impliquant des acteurs chinois, israéliens, britanniques, français, américains, allemands et indiens, de Chiang Mai à Bangkok (quartier de Huai Khwang), Pattaya, Phuket, Phang Nga et Samui.

Il précise que ces fonds opaques étrangers ne peuvent prospérer sans complicités locales. Quelqu’un sur place fournit les sociétés, les prête-noms, les licences, les documents, les propriétés, les comptes bancaires et les protections politiques. En août 2026, les autorités ont lancé l’opération « Huai Khwang Integration » contre des réseaux de blanchiment et de sociétés prête-noms. À Phuket, elles ciblent ce qui est décrit comme des fonds opaques israéliens, avec des accusations d’intimidation et d’influence via des arrangements de prête-noms.

Chaiyanat Kornchayanan
Chaiyanat « Tuhao » Kornchayanan

Et ces problèmes sont loin de toucher uniquement les Israéliens. Le journaliste illustre le cynisme public par l’affaire de Chaiyanat « Tuhao » Kornchayanan, homme d’affaires d’origine chinoise naturalisé thaïlandais. Après un raid en 2022 sur le nightclub Jinling à Bangkok, des accusations de trafic de drogue et de blanchiment ont été en grande partie rejetées par la justice pour preuves insuffisantes. Un enregistrement audio qui lui est attribué révélait une grande confiance dans le système :

« J’ai beaucoup d’argent, tu comprends ? Si ça ne s’arrête pas, je vais vraiment te tirer dessus. J’ai une arme. Regarde juste Phuket — pourraient-ils m’arrêter ? Si tu as de l’argent, tu peux tout faire. »

Son ex-épouse était major de police et sa famille compte des généraux. L’argent de l’ombre étranger n’est que le symptôme ; les complicités locales sont la maladie. Les Thaïlandais ordinaires ne sourient plus autant face à ces réalités de jeux d’argent en ligne, réseaux d’escroquerie, blanchiment et investissements immobiliers opaques.

Sources : Khaosod English, Latitude Ten

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